Larcenette (salut Larcenette, la forme ?) publie aujourd'hui un billet dans lequel elle se demande pourquoi, dans le métro et les transports en commun en général, les gens tirent la gueule...

Est-ce que le le tirage de gueule est une mode propre à Paris ?

L'occasion pour moi d'apporter ma pierre à l'édifice, c'est le but de ce blog je vous le rappelle.

Pour analyser, revenons d'abord en arrière... 1er septembre 1998, Loïc, tout fraîchement débarqué de son train départ Le Havre 13h29, arrivée Paris St Lazare 15h35 et des bananes, arrive à Paris, la grande ville. Ouch, tout est différent.

Je constate d'abord que... tout est grand. J'avais eu l'occasion de voir, quelques jours auparavant, que les distances sur les plans Parisiens sont sans commune mesure avec nos plans, en province. La distance depuis le Jardin du Luxembourg, où je m'étais arrêté pour manger - jusqu'à Porte d'Italie, est réellement trompeuse, parcourue à pieds. Fichtre que c'est long... pourtant sur le plan, le parcours paraissait plutôt court.

Soit. Seconde constatation, les gens parlent tout seuls...

En 1998, les kits piétons n'existaient pas encore et j'ai tout de suite été intrigué par tous ces gens qui marchaient seuls dans la rue, répétant une pièce de théâtre, une déclaration amoureuse ou plus triste, marqués par la solitude extrême et l'immensité de la ville, s'échappent de ce quotidien en trouvant refuge dans la conversation à un être imaginaire...

Bien. Troisième constatation, comme le dit Larcenette, effectivement, les gens font plutôt la gueule...

Pourquoi donc ? Ils vivent dans l'une des plus belles villes du monde ! Ils ont un job. Ils sont en bonne santé. Alors pourquoi diable faire la tronche ? Je n'avais pas la réponse...

Quelques années plus tard, de l'eau avait coulé sous les ponts. Finies les études, bonjour le marché du travail. Ce nouveau monde qui s'offrait à moi était vraiment... différent. Des horaires flexibles d'EPITA je suis passé à un monde où les horaires sont les horaires, avec une certaine souplesse tout de même, mais plus question d'arriver à 11h30 et de repartir à 3h du matin.

De 5 minutes de transport pédestre, je passais à 1h de transports en commun - le fameux combiné métro - RER - bus.

Job plaisant, je me levais sans traîner des pieds des mains tous les matins. J'étais heureux d'aller travailler. Et pourtant... je tirais la tronche. Ca se voyait. Ca se sentait. J'essayais parfois d'activer les zygomatiques, mais rien à faire, j'étais alors totalement déphasé...

Cette petite disgression nous permet de comprendre une partie de l'origine du faisage de gueule ou du tirage de tronche... Le phénomène s'explique en trois phases.

D'expérience amusante au début rhoo ça pousse dans tous les sens, c'est dingue Paris, on passe rapidement à la phase d'exaspération put1 encore des retards, y'en a marre c'est le troisième RER que je laisse passer.

Le faisage de tronche prend naissance lors de la phase 2 : l'exaspération.

Quelques mois après, la phase 3, de résignation, est accessible à qui réfléchit et accepte lesla situation : les choses sont ainsi faites et elles ne devraient pas évoluer sensiblement d'ici les prochaines années.

Bien difficile d'accepter, lorsqu'on est transbahuté parfois comme du bétail... les transports en commun n'ont qu'un inconvénient : ils sont communs :-) On ne peut pas trop en demander non plus. On ne peut pas dire que tout est noir : transporter un million de personnes en une journée est, en soi, un exploit.

L'effet faisage de tronche s'explique aussi, dans les transports, par la promiscuité ambiante et le stress provoqué par ces moyens de transports en commun. Lumière artificielle sombre, manque d'oxygène et d'aération correcte, foule, bruit, mouvement, toutes les conditions de stress sont réunies. On cogite. Les soucis arrivent à la surface. On tire la tronche telle une armée de zombies, le regard fixé dans le vague le temps que dure le trajet, de peur de croiser le regard d'un autre et inconsciemment se voir soi-même en état de parfaite inaction.

L'effet faisage de tronche vient aussi probablement du fait que le Parisien est particulièrement individualiste ma tronche avant les autres.

La cause ? La promiscuité encore une fois. Les parisiens sont les uns sur les autres, de leur naissance, jusqu'à leur mort. Vous n'avez jamais été frappés par les cimetières parisiens ? Ces tombes placées les unes sur les autres, presque sans possibilité d'intimité quelconque ? La place est une ressource précieuse sur Paris. Le prix des loyers est là pour en témoigner.

Et ce que j'évoquais plus haut - toutes ces personnes errantes faisant causette à un ami imaginaire - vient s'ajouter à ce triste constat : Paris est une ville immense où l'intimité n'a presque plus droit de cité. 80% de la population francilienne est concentrée sur 20% du territoire. Si vous n'êtes toujours pas convaincu par cette modeste analyse, prenez la ligne 6. Vous pourrez observer, depuis votre siège boulevard Vincent Auriol où à proximité du Trocadero, l'intimité de dizaines de locataires et prioriétaires dont les logements ont des fenêtres donnant sur les voies du métro.



Je pense qu'il n'y a pas de solution miracle. Le tirage de tronche prend naissance d'une accumulation de petites choses : manque d'espace dans la vie privée, manque d'intimité, manque d'espace dans les transports, stress quotidien, grisaille, le précieux temps gâché au supermarché, à la boulangerie, dans le métro, dans les bouchons...

Le remède à tout ça ? Corriger le tir à droite à gauche, comme l'on peut. Comme le propose Larcenette, s'inspirer de Tokyo et parfumer les métros. Pourquoi pas y passer de la musique, comme dans les ascenseurs, que sais-je encore! Pour ce qui est de la population

Ou sinon... acepter et passer en phase 3, vite. Carpe Diem.