S'il est des formules communément employées mais totalement inutiles, salut, ça va ? est certainement l'une d'entre elles qui place le rapport utilité/utilisation haut, très haut. Salut ! en soit, n'est pas inutile. Salut machin! Salut machine! Marque de sympathie pour les uns, de respect pour les autres, mais avant tout de politesse détendue.

ça va ? en revanche... deux mots, faciles à prononcer, qui sont devenus, je m'en aperçois tous les matins, un véritable automatisme, l'équivalent du atchao bonsoir! de PPD aux Guignols, du en*ulé! ponctuatif marseillais ou du putain! exclamatif des parisiens.

Pourtant, ça va ? n'est pas une question vide de sens. Par cette question, stricto censu, je montre que je m'intéresse à l'autre, à sa bonne santé psychique et physique, à son état de bien-être. Je participe quelque peu à ses tracas, je m'y intéresse, je lui tends la perche charge à lui de la prendre.

Or, jamais, non jamais, je n'ai entendu quelqu'un répondre à la négative lorsque cette question est posée autour de moi. ça va ? après un décès, ça va ? après une nuit blanche, ça va ? après une rupture, ça va ? pendant une grippe aviaire, une fièvre jaune, un problème au travail, des soucis d'argent... toujours la même réponse en général : ouais ça va!... (variante djeunz trentenaire : ouais ça pulse , variante trouduc' ouais ça farte).

Jamais je n'ai vu un scénario tel - ça va ? - Non... Mais c'est rien, de toute façon j'ai plein de problèmes avec ma femme en ce moment et puis tu sais, ils m'ont sucré la garde de la gosse, et ma femme tu sais.... Et pourtant, n'avez-vous jamais eu envie de leur dire, à tous ces gens qui ont recours à la facilité de cet automatisme, à cette bienveillance de comptoir : non, ça ne va pas, keske ça peut te faire, t'es psy/banquier/conseiller matrimonial/avocat ? ?

Bien sûr, on ne peut pas passer notre temps à saouler nos amis, nos proches, nos collègues avec nos petits tracas quotidiens. Il n'empêche... je ferai tout pour arrêter cette bienveillance hypocrite, et demander ça va ? aux seules personnes dignes d'un quelconque intérêt pour moi... intérêt fort au point de réellement m'intéresser à leur bien-être.