En pratique, c'est une autre paire de manches. Avec mon BAC+5, mon bon sens ne suffit pas plus. C'est d'ailleurs certainement pour ça que je ne fais pas de politique.
Raisonnons sur un cas pratique.
Le prix de l'essence ne cesse d'augmenter et touche les professionnels comme les particuliers.
Conséquence directe : à salaire égal et charges égales, le professionnel qui prend son camion pour livrer ses produits, son véhicule pour faire le taxi, le particulier pour aller au travail ou le salarié pour faire la tournée de ses clients, sera moins riche
qu'il y a quelques mois. Normal : l'essence augmente et les salaires n'ont aucune raison d'augmenter pour autant.
La gauche, pour faire face à ces fluctuations, avait instauré la TIPP flottante.
Principe simple : lorsque le prix du carburant augmentait, alors les taxes baissaient en conséquence, de manière à ce que le prix à la pompe soit à peu près identique. Entre temps, la cohabitation s'est achevée, la droite était revenue au pouvoir et le prix à la pompe avait connu une acalmie.
Depuis quelques semaines, rebelote : flambée du prix du pétrole.
De Villepin, éminent homme politique, décide de ne pas restaurer la TIPP flottante, mais de redistribuer les surprus de taxes, aux Français.
Pourquoi pas. Sous quelle forme ? Crédit d'impôt ? Tickets restaurant ? Bons cadeau FNAC ? Virgin ? Auchan ?
Non... je cite le Premier Ministre : S'il s'avère que les recettes sont supérieures à celles inscrites dans le budget, elles seront rétrocédées aux Français les plus directement exposés
, Une telle redistribution concernerait les professionnels les plus touchés (routiers, agriculteurs, pêcheurs, taxis...) ainsi que les salariés proches du Smic
. Ces derniers pourront alors bénéficier d'une augmentation de la prime pour l'emploi
.
OK.
On nous parle toute l'année du modèle social à la Française qui met en avant l'égalité sociale. Egalité sociale ?
Pour moi, cette égalité sociale aurait consisté en un rétablissement tout simple de la TIPP flottante, et ce même si c'est une idée de la gauche. Les français qui sont touchés (soit, ceux qui consomment des produits pétroliers, ça n'est pas plus compliqué) auraient alors vu leur pouvoir d'achat se maintenir à son niveau d'avant flambée du baril de brut.
Le gouvernement, lui, ne raisonne pas de la même manière. Certainement la différence énarque / BAC+5. Voyons voir...
Je ne parle même pas de mon cas personnel, je ne suis pas à plaindre même si j'utilise mon véhicule et que je ressens le prix à la pompe comme beaucoup d'autres. Aujourd'hui un salarié gagnant péniblement quelques % de plus que le SMIC par exemple et travaillant par exemple en zone mal desservie par les transports, s'appauvrit à cause du prix à la pompe, sans qu'il ne puisse rien changer à sa situation : il a besoin de son véhicule pour travailler.
Les excédents de taxes consécutifs à l'augmentation du prix du pétrole, dixit le Premier Ministre, seront redistribués aux professionnels, certes, mais aussi, et c'est bien là que je ne saisis pas la notion de justice et d'égalité, à des gens qui, probablement aussi dans le lot, n'utilisent pas leur voiture (car disposant d'une offre complète de transports en commun près de chez eux) voire à des personnes qui n'ont tout simplement... pas de véhicule! 
On le voit bien, ceux qui payent le prix fort à la pompe ne seront pas nécessairement les mêmes qui bénéficieront de cette redistribution.
Bref... parlons un peu de mon cas cette fois-ci, un cas concrêt.
40 km aller, 40 km retour, ceci 5 jours par semaine. Un plein à 67 euros en moyenne toutes les semaines et demi... contre 55 euros il y a encore quelques mois. Alors... au nom de quelle exception dans les mots "égalité" et "justice" n'aurais-je pas droit, moi aussi, à un morceau du gâteau ? Au nom de quoi l'érosion du pouvoir d'achat serait-elle indolore chez moi ?
CQFD. Justice, égalité... ou ça ?
Et ... concernant le salarié moyen, dont j'ai parlé plus haut ?
Il n'aura rien. Il gagne, malheureusement pour lui, quelques % de plus que le minimum nécessaire pour bénéficier d'une aide sous forme de prime pour l'emploi ou autre. Sur papier, il gagne bien sa vie, mais après le passage de ce que l'on pourrait interpréter comme un nouvel impôt aléatoire sur le déplacement, est-ce qu'il y a vraiment équité et justice sociale ?
Mais bon... une petite lueur d'optimisme malgré tout. Quel plaisir de sponsoriser l'état, son découvert (soit-dit en passant, lorsque j'ai un découvert personne ne vient m'aider et j'évite de dépenser plus que je ne gagne, même lorsque le pétrole flambe), les retraités, les RMIstes, la CSG, les sans-emplois, les SMICards, les employés précaires sans véhicule, les routiers, les taxis, les entreprises publiques, privées, les agriculteurs, l'europe et tout le reste...
Franchement vous savez quoi ? A la lumière de tous ces éléments, ça fait franchement plaisir de se sentir aussi important dans ce club de la France qui sponsorise.
Carburant : Villepin promet de redistribuer les surplus fiscaux