Spleen. n. m. Mot, d'origine anglaise, caractérise une sorte de mélancolie et d'angoisse vague, qui provoque le dégoût de vivre. Il avait déjà été employé par Diderot, mais c'est Baudelaire qui l'a fait entrer définitivement dans la langue.
Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle
Sur l'esprit gémissant en proie aux longs ennuis,
Et que de l'horizon embrassant tout le cercle
Il nous verse un jour noir plus triste que les nuits ;
...
Quand la pluie étalant ses immenses traînées
D'une vaste prison imite les barreaux,
Et qu'un peuple muet d'infâmes araignées
Vient tendre ses filets au fond de nos cerveaux,
Baudelaire savait manier les mots et les mettre en scène. Tout comme Alexa décrivait son propre spleen il y a quelques semaines, je puis dire également sans que je ne comprenne pour quelle raison au premier abord, que je traverse une sorte de phase micro-spleenesque...
Semi-Spleen ? A bien regarder la manière dont s'est déroulée l'année, je ne puis dire que je sois malheureux... bien qu'elle ait commencé cahotiquement, pour diverses raison personnelles, aujourd'hui professionnellement un grand changement est en cours, personnellement tout va pour le mieux également, j'habite dans mon petit appartement qui me donne entière satisfaction et je mange à ma faim (un peu trop d'ailleurs
).
Quand on croise dans la rue tous ces gens qui, aux abords des grandes boutiques où des bouches de métros, dans l'indifférence totale parfois cherchent à se réchauffer, demandent quelques euros pour manger ou pour la nuit, je me dis qu'il est malvenu de se plaindre. Malgré la morosité politiquement ambiante qui règne dans les actualités (entre les déficits publics, le chômage, les licenciés, les grèves, les malades, les nécéssiteux, ...), malgré tout celà, je suis bien portant, j'ai un emploi, j'ai des amis, donc la vie est belle. Même Roberto Benigni avait réussi à nous envoyer dans nos derniers retranchements émotionnels avec ce film, dont le sujet était pourtant difficile à traiter.
Donc... Spleen, spleen, le spleen même le micro-spleen qui semble m'atteindre n'a objectivement pas lieu d'être.
Pourtant, Décembre est une période particulière. Autant, personne n'aime vraiment le mois de Novembre, autant Décembre devrait faire l'unanimité du mois agréable par excellence. Contre toute attente, il est à la fois pour moi, mi-figue mi-raisin.
Décembre... c'est l'époque des fêtes. Les courses de noël. Les cadeaux que nous faisons à ceux que nous aimons. Les rues illuminées. Le froid qui se jette sur nous. Les sapins, l'odeur des sapins, les épines, les guirlandes clignotantes, les réunions et repas de famille, les fêtes de fin d'année bien évidemment.
Cette époque était ma préférée. Petit, j'avais l'habitude d'aller me ballader dans le centre-ville l'après-midi du 24 décembre. Voir les gens préparer leurs derniers cadeaux de noël... l'ambiance était magique et réchauffait les esprits malgré le froid ambiant. Préparer soi-même les cadeaux, Noël, la période préférée des petits, celle où l'on se retrouve autour d'un repas frugal, celle où même les adultes retombent en enfance l'espace de quelques jours...
Innocence...
Mais Décembre fut également pour moi, il n'y a pas si longtemps que ça, de longues heures passées à arpenter les hopitaux Havrais pour voir le destin s'acharner d'une année sur l'autre presque sans relâche, d'autres années à attendre que la maladie achève le funestre travail qu'elle avait entâmé, encore d'autres années à passer le réveillon dans ces sinistres chambres grises, sombres et sans joie, baignées de ces vapeurs d'ether et de solvants désormais trop familières...
Décembre, ce fut également, il y a assez peu à l'échelle d'une vie, presque 20 ans de souvenirs déménagés, seul, contraint et forcé, en l'espace d'à peine deux semaines... 2 semaines de tri dans 100m2 représentant 20 ans de souvenirs... des jouets d'enfants, des objets entreposés cà-et-là en attendant que quelqu'un les trie un jour contraint et forcé, des vêtements familiers portés par le passé, du mobilier vendu, des souvenirs classés, des objets rangés à la va-vite, des souvenirs enconbrants et inutiles mis à la benne pour certains, souvenirs précieusement conservés dans de larges malles en métal pour d'autres...
Décembre, ce fut enfin 100 m2 en premier étage, vendus en l'espace de quelques heures par un 23 décembre au matin. Sacré cadeau de noël que vendre 100m2, jadis lieu de vie, brusquement vidés et inhabités depuis trois mois, mais toujours dans mon esprit catalyseur de nombreux souvenirs.
Même si ces épisodes de ma vie sont désormais derrière-moi, même si la vie est belle, même s'il faut aller de l'avant car on ne bâtit rien sur des souvenirs ou sur de la mélancolie, même si je vais de l'avant et que tout va bien, mon inconscient lui, semble rappeller ces épisodes à mon souvenir, comme un veilleur me rappellerait avec bienveillance qu'il manque et manquera désormais toujours quelque chose à cette période de l'année...
On n'oublie jamais rien, on vit avec...
Commentaires
c normal que tu aies un coup de blues en période de fâtes, ca fait remonter des moments heureux du passé et des proches qui te manquent...
ca remplace pas mais je te fais de gros bizzzzzz (L)
Loïc,
Ce n'est pas ton inconscient qui te rappelle les souvenirs difficiles qui sont liés à Noël, c'est toi....c'est parce que ces souvenirs sont difficiles qu'ils te marquent encore aujourd'hui et qu'ils te marqueront à vie....Et aussi parce que tu ne veux oublier les êtres chers auxquels ils sont liés.
Ils font ce que tu es aujourd'hui et ce que tu seras demain.
Maintenant, tu as le droit d'avoir le spleen, y a pas de souffrance plus "souffrable" que d'autres. Sinon si je suis ton raisonnement y a toujours un plus malheureux que moi....donc je n'aurais pas le droit d'avoir le spleen.
On ne choisis pas d'être heureux.....on fait ce qu'on peut pour l'être.
Et je pense qu'en la matière tu n'as de leçon à recevoir de personne.
Alors si tu t'asseyais un ptit peu hein et que tu écoutais ta peine.
Bisous
La Miss
merci (L)
Sam qui est plutôt morose...en ces périodes de fêtes aussi
mais comme tu le dis si bien...on oublie jamais rien
on vit avec...