Je me refuse, depuis quelques temps, à trop en dire sur moi, sur ce blog.

Tout d'abord, parce que ma vie n'intéresse, finalement, pas tant de monde que ça. On a beau avoir de la famille, des amis, ce blog leur donne des nouvelles, mais ils sont au courant de ce qui se passe ci-et-là et pour cause : ce sont des amis. Téléphone, MSN, blog, sont autant de médias porteurs de nouvelles, mais les blogs ont une tendance voyeuriste que l'on ne peut ignorer, or je n'ai pas vocation à montrer mon c*l à toute la planète. Je m'exprime quand un sujet me fait réagir, je partage certaines opinions, certaines trouvailles, certaines expériences, mais ma vie privée ne regarde que moi.

Accessoirement, si j'avais voulu parler de ma vie privée en public, j'aurais monté un skyblog, totalement anonyme (enfin tant que l'hébergeur ne reçoit pas une injonction de la justice) ou j'aurais participé à feu C'est mon choix.

Je refuse également de trop en écrire ici, parce que des mots d'aujourd'hui seront toujours accessibles, peut-être, probablement, demain, et l'on ne sait pas, avec quelques mois / semaines / années de recul, s'ils seront un atout, un poids, lourd à porter, bref la manière dont ils impacteront ma vie, demain.

Le décor est planté et le recadrage est terminé. Cependant, sans trop en dire donc, je puis écrire que certaines périodes, parfois sont plus propices aux bilans que d'autres. Je poste de nombreux bilans de l'année depuis le début de la semaine, mais ce bilan-là, croyez-moi, est sérieux, et dépasse largement le cadre d'une année.




5 ans. c-i-n-q ans! Quoi, 5 ans ?

Un symbole.


Sachez que... voilà, j'écris un livre. Un gros livre. Un beau livre en fait, comparable à ces épais livres d'Arthur Bertrand qu'on vous offre à Noël, où ces livres sur la civilisation disparue des coupeurs de têtes Pahu-Tuhu, que la Sélection du Reader's Digest essaie de vous refourguer à tarif préférentiel parce que c'est -vous- leur meilleur client et qu'en plus, vous avez été tiré au sort sous le contrôle de maître Huibert, huissier de justice dans le XI.

Bref. J'écris un livre semblable. Un livre fait de texte, beaucoup de texte, de pages, de très nombreuses pages. Les paragraphes sont tantôt drôles, tantôt tristes. Tantôt palpitants, tantôt endormissants. Certains paragraphes, j'aurais aimé les raturer tant j'aurais aimé ne jamais les écrire... soit dit en passant, parfois, je ne reconnais pas mon écriture, comme si un pigiste psychopathe s'était acharné à écrire à ma place certaines phrases.

Ce livre, en fait, j'en suis le principal acteur. Ce livre n'existe que dans chaque jour, chaque heure, chaque seconde qui passe. A force de patience, je le peauffine, à force de patience, chaque mot est pesé, chaque paragraphe est soigneusement écrit. D'ailleurs, dans ce livre, l'erreur n'a pas droit de cité. Chaque mot écrit l'est définitivement. Un peu comme toute sortie est définitive chez DisneyLand.

Depuis 5 ans, je travaille sur la même page. Petit à petit, les lettres combinées les unes avec les autres deviennent des mots, les mots s'assemblent pour former des phrases, les phrases sont collées les unes aux autres pour former des paragraphes et dans quelques heures, j'aurai terminé l'écriture de cette page, qui représente les cinq dernières années de ma vie. J'aurais pu formuler cette métaphore par l'expression : tourner la page, mais celle-ci est généralement employée dans un contexte plein de sentiments mélancoliques : l'on tourne la page sans vraiment le vouloir, contraint et forcé, sans qu'elle ne soit véritablement terminée entièrement. La situation est toute autre, je n'ai pas vocation à me débarasser de mon passé, de ce passé, il est ainsi fait, globalement positif, riche en apprentissages et en gain de maturité.

5 ans. 260 semaines, plus de 1800 jours, je pourrais vous abreuver sous un déluge de chiffres que cela ne nous mènerait pas là où je veux en venir.

Cette page-là, celle dont je parle, comporte un patchwork de paragraphes aux couleurs claires et sombres. Lorsqu'on la relit depuis le début, on est frappé. 5 ans, c'était hier, et c'est déjà pourtant si loin : certains acteurs sont sortis par la grande porte, les décors ont changé sans véritablement avoir changé, le contexte est différent.

5 ans en arrière. Tout jeune de 22 ans à l'époque, en vacances de noël, avant de débuter mon stage de fin d'études qui m'apporta mon premier emploi. 5 ans, jour pour jour. Depuis, que de souvenirs, que d'expériences, que ... que de vie dans ces 5 années, purée! Voir tout ce que j'ai véçu dans un laps de temps aussi à la fois court et long, que de richesses !! Je ne vais pas m'étaler sur ce passé, professionnel, personnel, sentimental, familial... Il ne regarde que moi et ceux qui y ont contribué. Mais tout de même, il en aura coulé, de l'eau sous les ponts. Aujourd'hui, je me sens moi-même, tout en me sentant un autre, au regard de celui que j'étais il y a 5 ans.

Alors forcément, elle serait à réécrire, cette page, avec le recul tout serait plus simple, bien évidemment, ou moins compliqué peut-être, mais certainement différent, c'est le mot. Avisé des bons moments comme des moins bons, des choix judicieux comme des erreurs, des surprises comme des chocs à venir, l'ont agit autrement, l'on s'y prend mieux, l'on s'y prépare, l'on trouve tout de suite les bons mots à écrire. Aurait-ce été mieux, ou moins pire ?



Cette boucle, de 5 ans, est presque bouclée. Il reste encore un mot ou deux à écrire pour clore définitivement la rédaction de cette page, avant de la laisser sécher et poursuivre la prochaine. Merci à tous ceux qui y apparaissent, même furtivement. Merci à tous ceux qui y ont joué un rôle, qu'il soit bon ou mauvais.

La nouvelle page est blanche, vierge. La ligne directrice est simple... on ne change rien, on poursuit l'impro, en route pour de nouvelles aventures...