Le vote électronique est-il une bonne chose ? Je le dis clairement, j'en doute.

Comme le rapporte cette information et certainement d'autres, la ville d'Issy les Moulineaux équipe ses bureaux de vote de machines à voter électronique, qui seront utilisées notamment pour le prochaines présidentielles.

Progrès, Sécurité, Comptage rapide des voix, accessibilité aux malvoyants et non-voyants, la machine à voter électronique semble apporter beaucoup d'avantages.

Détrompez-vous. Bien que le progrès soit indéniable, doit-il se faire au détriment des règles élémentaires de transparence qui existent dans notre démocratie depuis des lustres ?

- La machine à voter permet un comptage rapide et immédiat des voix.

Certes, il est plus facile de faire compter 500 bulletins par une machine qu'en dépouiller autant à la main. Mais qu'est-ce qui prouve à l'électeur que son vote sera pris en compte, ou que le décompte s'effectuera correctement ? Lors d'une élection, la transparence de l'urne empêche d'y glisser plusieurs bulletins à la fois. Le fait que le vote soit enregistré sur un cahier séparé de l'urne permet de s'assurer qu'on a le bon nombe de voix dans l'urne. Et enfin, la transparence du dépouillement, réalisé manuellement devant plusieurs dizaines de témoins de tous bords politiques, empêche toute fraude lors du décompte.

Voter dans une machine à voter revient à confier les règles de transparence à une boîte noire, dont le fonctionnement sera connu de très peu d'électeurs. De fait, on prive le peuple du contrôle du déroulement de l'élection.

- On rétorquera alors que le système est testé plusieurs dizaines de fois

Certes, le résultat d'un test de type : "je vote 42 fois pour A et 23 fois pour B" vaut pour la date à laquelle il est réalisé. Maintenant, comment s'assurer que le programme qui enregistre les voix ou décompte les scores de chaque candidat, ne dispose pas d'une fonction qui, déclenchée à une certaine date, perturbera le fonctionnement constaté avant l'élection de manière à avantager un candidat plutôt qu'un autre ?

- On dira que la machine à voter est inviolable ou que le système est propriétaire et donc non piratable.

Alors là disons-le immédiatement. En terme de gestion du risque, un risque n'est jamais nul, sauf à dépenser de manière exponentielle pour obtenir un système le plus sécurisé possible, qui quand bien même ne le sera jamais à 100%. Par ailleurs, la sécurité par l'obscurantisme, à savoir proposer un système sans que son code source ou son mode de fonctionnement (son genôme ADN en quelle que sorte) ne soit rendu public, ne constitue en rien une sécurité à toute épreuve, c'est même le contraire.

Lorsque le code source d'un système est rendu public, chacun (pour une machine à voter : le peuple) peut le lire, en discuter et découvrir des problèmes potentiels. Avec un système type "boite noire", il est très simple pour le fabricant d'embarquer dans le système des fonctions, déclenchées le jour J, qui perturberaient le fonctionnement nominal de la machine à voter.

Et même avec toute la bonne foi qui caractérisera sans doute les fabricants de ces machines, que se passerait-il si un groupe d'intérêt politique parvenait à insérer en toute discrétion dans une telle machine à voter, un cheval de troie qui se déclencherait le jour de l'élection ? Plus de 50% des ordinateurs de particuliers reliés à Internet sont infectés par des Spywares, sans que leurs propriétaires ne le sachent... pourquoi en serait-il autrement avec ces machines ?

On a vu aux Etats-Unis de nomnbreux problèmes avec ce genre de machine, évitons ce genre de gadget en France, ou alors réservons-là dans le cadre d'élections locales... personnellement je m'abstiendrai de l'utiliser pour des élections aussi importantes.