Ce matin, on découvre un projet de décrêt passé presque inaperçu, qui renforcerait (encore) l'état policé qu'on nous prépare. Après la DaDvSI et diverses lois de confiance en l'économie numérique, voici le volet flicage à outrance. Tous les sites, petits ou grands, seraient obligés de conserver pendant un an les mots de passe, les noms d'utilisateurs, leurs numéros de carte bancaire lors d'achats en ligne, les adresses communiquées (email et postales), les messages postés sur un forum, les contributions à un blog, et les adresses IP, les pages visitées, tout comme mettre tout en oeuvre pour pouvoir archiver ces contributions après qu'elles aient été effacées.

La responsabilité des hébergeurs et des gestionnaires de sites web face à ces nouvelles exigences réglementaires serait donc encore renforcée, pour un gain qui n'est pas si évident : quel est l'intérêt de conserver pendant un an le mot de passe d'un utilisateur ? Par ailleurs, signer un décrêt d'application est une chose, mais la mise en oeuvre de celui-ci si elle est précipitée comme souvent en la matière, serait catastrophique pour l'ensemble des acteurs du web.

Les opérateurs devront mettre en oeuvre des infrastructures de stockage colossales pour répondre à ces contraintes, alors que le nombre d'échanges numériques est en croissance exponentielle. Songez que les grands opérateurs équipent leurs réseaux coeur de routeurs Terabit (capables d'absorber 1000 Go de trafic par seconde) en prévision de la croissance des usages usages numériques : téléphones hybrides mobiles-IP ; TV haute définition ; services en ligne de plus en plus nombreux ... On a beau archiver, la masse des données à stocker est colossalle. On imagine le coût, qui in fine, serait forcément répercuté sur la facture des usagers (un cabinet a estimé la mesure pour un fournisseur d'accès, à 224 euros par abonné et par an).

Par ailleurs, un projet de cette ampleur ne sera pas sans poser d'importants problèmes de sécurité des données personnelles. L'archivage de ce type de données est une affaire de professionnels et par le passé, nombre de données (numéro de CB, téléphone, ...) se sont retrouvés sur le net par erreur.

Enfin, ce décrêt s'il n'a pas d'équivalent au niveau Européen, causera certainement le départ de centaines d'hébergeurs et d'hébergés (blogs, ...) à l'étranger où les exigences en la matière seront plus souples, l'hébergeur et gestionnaire de noms de domaines Gandi annonce déjà la couleur.

Restons prudents, rien n'est encore officiel et attendons de voir les objectifs premiers de ce projet avant de nous emporter ; des politiques travaillent sur ce dossier, faisons-leur confiance pour... huummm... finalement non, des associations commencent à monter au créneau.

Si ce projet devient réalité, l'Internet français n'en sortira certainement pas grandi. Par ailleurs, il ne permettra en rien de résoudre les principaux fléaux tels le spam, les virus et les fraudes en ligne qui pour la plupart proviennent de sites étrangers. Bref entre le foutoir actuel où la législation du pays hébergeur s'applique, et l'internet Chinois qui est sanctuarisé, censuré, surveillé à outrance par des milliers de filtres, il y a certainement un juste milieu, non ?